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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Univers entropique

Publié le 12 Août 2008 par Meta in Littérature

Il arrive que les œuvres manquées révèlent malgré tout quelques merveilles. Les sagas de Michael Moorcock sur Elric sont mal écrites, les scénarii sont lourds ou simplistes, mais elles contiennent un véritable regard métaphysique issu peut-être de l’intuition générale d’un écrivain capable. L’univers de Moorcock oppose la loi au chaos. La loi n’est pas le bien, elle est l’ordre, l’agencement structuré, la construction durable et rigide qui permet la stabilité au prix de l’apathie et de la stagnation. Le chaos n’est pas le mal, il est le désordre, l’impulsion, l’explosion, l’irruption de l’hasardeux, la fuite hors des règles, la production des miracles inattendus au prix de l’instabilité, de la déstructuration continue, de l’anarchie. La balance cosmique est le lien entre les deux, l’entre-deux à viser pour garantir qu’un monde ne tombe pas dans l’une des deux apocalypses possibles. Equilibre impossible à atteindre car les choses du cosmos ne sont que mouvement, va-et-vient permanent entre stabilité exagérée, fixité de la matière, agencement moléculaire, et cataclysmes atomiques, mouvements molaires. Tout ceci est une remarquable lecture de la notion d’entropie. Un tel concept est difficile à appréhender, autant par les sciences que par la pensée. Schrödinger a proposé dans Qu’est-ce que la vie ? une appréhension de la notion en posant que tout organisme vivant se nourrit d’entropie et la rejette. L’individu vivant est en effet le théâtre d’un processus thermodynamique irréversible qui engendre du désordre, tandis qu’il lui faut pourtant se maintenir en ordre pour demeurer uni et structuré. L’ordre de l’être vivant est maintenu par l’apport de matière extérieure, autrement dit par le processus qui est l’assimilation, l’intégration de l’entropie négative venue de l’extérieur. Tout corps doit gérer un équilibre, une balance donc, entre croissance de l’entropie et unité structurelle de soi. Le corps, en dégageant de la chaleur, produit de l’entropie positive (agit, défèque, crache, sue, …) qui nourrit de fait les autres corps qui tirent de ce rejet une nourriture conçue comme entropie négative. L’entropie est ainsi à la base de l’échange entre les individualités du cosmos au niveau macroscopique, et si l’univers ne sombre ni dans la stase, ni dans l’explosion perpétuelle, ce serait en vertu d’une balance sans cesse réactualisée dans chaque unité individuelle, dans chaque corps, dans chaque ensemble, balance réalisée dans les faits observables et produites par un ensemble d'altérations microscopiques, un ensemble de facteurs invisibles. En clair, l’entropie est une approche conceptuelle et physique de la notion d’échange. Les implications et les limites de la pensée de Schrödinger sont nombreuses, très complexes et discutées (voir : ftp://ftp.di.ens.fr/pub/users/longo/CIM/neguentr-schr.pdf), mais cette voie d’interprétation ouvrant tout un champ métaphysique semble recouper les intuitions de l’écrivain, de sorte que l’interprétation physique et métaphysique d’un univers même imaginé conduit à jeter également un regard nouveau sur le mouvement du monde.
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