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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Amer bêton

Publié le 7 Mai 2007 par Meta in Cinéma

Ce mois de Mai voit la sortie d'un film d'animation de grande qualité, sortant des sentiers battus par les studios Ghibli. Amer bêton est l'adaptation du manga Tekkon kinkreet de Taiyo Matsumoto. Deux orphelins errent dans le quartier d'une ville dont ils ont fait leur territoire. S'ils devront lutter contre l'irruption de yakuzas venus prendre possession du terrain dans le but d'en changer le paysage immoblier, leur véritable adversaire sera au fond la crise identitaire qui se cache derrière le masque de leur jeunesse. Amer bêton met en scène une schizophrénie semblable à celle évoquée dans Brazil, à la différence près que l'élément déclencheur de la folie n'est pas le système, mais l'agencement de l'espace, en l'occurrence le bêton. Cette folie ne naît pas de l'absurde, mais de la territorialité, de la volonté de s'affirmer dans un certain espace et de ne pouvoir y parvenir parfaitement. Les personnages sont des individus extrêmement vifs, au point d'être capables de prouesses sortant de l'ordinaire, ils ont gardé une forme d'innocence en n'ayant pas été incorporés au système. Mais l'aîné est bien trop lié à la chair de son quartier. Tandis que l'urbanisme galopant avale les individus, alors que la ville se meut selon les flux des cellules humaines qui la composent, les deux héros se rebellent contre cet état de fait, condamnés à un tiraillement qui n'est plus la lutte de la liberté contre la rigidité du système qu'affrontait le héros de Brazil. Les citadins, ici, jouissent d'un certain degré de liberté, et le yakuza rangé choisit le visage de sa mort. En fait, la ville de bêton se décline sous maintes formes poétiques dont les personnages sont les expressions idéales. Le danger vient au fond de l'apathie gagnante, de la perte de vitalité, de la crainte d'être l'instrument du développement de la ville au lieu de faire sien l'espace urbain. La violence est tout autant le tremplin vers la joie que vers l'absurde et le renoncement à soi. Le seul mot d'ordre, pour les personnages, est leur devise, la plus simple qui soit, exprimée comme un impératif absolu : "Soyons heureux". Etre heureux dans cette ville de bêton, c'est savoir en aimer les artifices, c'est se construire un territoire, le cultiver, s'y indentifier. En clair, il n'y a pas d'opposition entre l'homme et la cité industrialisée. L'homme gagne son humanité par son rapport positif à l'urbanisme, par une acceptation de l'environnement, par la manière dont il exprime sa personnalité vis-à-vis de celui-ci. Amer bêton laisse un enseignement fondamental : apprendre à regarder la ville, entrer en symbiose avec un environnement urbain, voilà qui permet aussi de poser une nouvelle définition de l'homme qui n'est plus l'opérateur d'une fonction, mais l'occupant vivace d'un espace.

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