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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Territorialisation de l'existence

Publié le 20 Juin 2007 par Meta in metamonde

Suite à la vision d'Amer bêton, il apparait d'autant plus évident que l'espace est sans doute  la dimension primordiale de l'existence humaine, alors même qu'elle serait souvent mise de côté parce qu'il nous semblerait que le problème premier soit la question du temps. Des philosophes proches de nous, Bergson en étant l'illustration parfaite, ont reproché à leurs prédécesseurs d'avoir trop pensé les problèmes de l'existence selon un mode spatial, en retirant à la vie le caractère temporel qui lui donne sens et corps. La philosophie pensait dans l'espace, et il s'agissait, partant de ce constat, d'apprendre à penser dans le temps. Soit, et la critique paraît tout à fait justifiée. Mais pareille position ne manque-t-elle pas un caractère nouveau de l'homme contemporain ? Deleuze le montre bien dans Mille plateaux, cet homme d'aujourd'hui, à la différence de celui qui jadis entretenait un rapport mystique au monde, vit dans une ambiante médiocrité, rivé à une quotidienneté terne et seulement étendue dans le corps immense de la machine sociale. Cette perte de qualité et d'intensité se ferait au profit d'une situation de passivité ou d'activité terne dans laquelle seule l'information est recherchée et échangée. Les médias, les blogs, les forums, autant de lieux de prétendue création qui alimente la masse de l'information sans alimenter le patrimoine artistique mondial. Ces informations sont autant de moments neutres occupant des espaces gris. Pourtant, faut-il pour autant conclure que l'homme a perdu un rapport dynamique au monde ? D'un point de vue qualitatif, purement intensif, on serait tenté de le penser. Mais cette nouvelle réalité est peut-être la conséquence d'une mutation majeure de la civilisation dans laquelle l'individu occupe non plus le temps d'une vie, mais plutôt un espace. Le temps nous manque de plus en plus et nous recherchons de plus en plus d'espaces. Nous créons des domaines conceptuels, des refuges virtuels, des lieux de confession médiatisée. Ce n'est plus le moment qui semble primer puisqu'aussitôt pensé il est déjà passé, mais plutôt le lieu qui, lui, va être préservé, chéri, érigé en territoire. Dans un monde où l'action se mécanise toujours davantage en visant l'efficacité, le temps imparti est l'occasion d'acquérir toujours plus d'espace. En clair, nous territorialisons notre existence. Songeant à la nécessité d'écrire sur ce sujet peu étudié, je fus surpris de découvrir la parution récente d'un livre qui en traitait : L'homme spatial, de Michel Lussault. Ce travail a le mérite de développer une problématique sur une question qui ne doit pas être vue comme un autre domaine de réflexion, mais peut-être comme un champ de recherche capital du regard philosophique au vingt-et-unième siècle.
Peinture : Excursion Japonaise 1, Hans Ruedi Giger, 1986
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santaga 28/06/2007 12:50

simple et efficace
Ma petite soeur passe le BAC philo cette année je lui recommande!...