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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Morse

Publié le 19 Février 2009 par Meta in Cinéma

En balayant le parasitage publicitaire des médiocri- tés cinématographiques actuelles, certains auront peut-être la chance de pouvoir s'intéresser à Morse, l'un des films surprenants de cet hiver qui a tout pour séduire les blasés du fantastique et les fatigués du film social. Un peu comme l'avait fait Hideo Nakata avec Dark Waters, il s'agit d'une oeuvre traitant du surnaturel dans un cadre citadin usé, car si Dark Waters traitait d'un fantôme dans un immeuble glauque dans lequel un enfant de divorcés faisait l'expérience d'une altérité impossible, Morse présente un enfant isolé se découvrant un(e) ami(e) vampire dans une cité plus qu'austère. Morse a tout pour rester un film de référence sur les vampires pour plusieurs raisons. D'abord, il s'agit d'un film à l'opposé de ce que peut être celui sorti récemment sur les écrans et qu'on s'abstiendra de nommer de peur de salir celui des lecteurs : un film au romantisme absent sans jugement religieux ou moral qui inscrit le vampire dans l'avenir et non dans le passé, car le vampire a droit, comme l'homme, à embrasser une nouvelle chair, et si Eli (le/la vampire) a toutes les tares du mythe, il/elle ne vit pas ce ridicule du monstre romantique et beau, perdu dans un monde contemporain qu'il faut noircir pour que les canines ne deviennent pas ridicules. Il ouvre donc la porte au vampirisme du vingt-et-unième siècle, après la fermeture opérée par Coppola au siècle précédent, en proposant un vampire sec, sobre, échappant à tout jugement, enfant, humain dans sa bestialité, perdu dans un univers post-industriel. Ensuite, le détachement opéré vis-à-vis de tout mythe, de tout questionnement moral et surtout métaphysique, l'exigence mécanique du nourissement qui passe même par l'utilisation futile d'un bidon de plastique pour recueillir du sang, l'absence d'esthétique dans le corps réduit à une ossature charnue (et légèrement mutilée), insèrent l'individu vampire dans une problématique nouvelle : celle de son insertion dans le monde. Le vampire n'est plus monstre, ni créature damnée, et encore moins sommet d'une chaîne alimentaire. Il est ici un « happening » contingent, qui passe et aurait pu ne pas passer. Peu importe sa condition et son origine, Eli est là, se nourrit, et s'ennuie, tout simplement. Mais c'est la relation entre les deux personnages qui donne consistance au film, entre les deux enfants solitaires qui sont là plutôt qu'ailleurs, même si ailleurs serait mieux. Le morse est le mode de communication privilégié lorsque l'un dort pendant que l'autre vit, afin de conserver un lien dans la séparation matérielle des corps. L'isolation est sans doute le thème principal du film, et si la problématique du vampire romantique était la question sexuelle et morale, celle du vampire post-moderne devient la question de l'aliénation. Rester avec l'autre enfant est impossible ; rester seul l'est aussi. Alors on se met à deux, mais séparés, et on communique en restant éloignés, solution peu souhaitable, mais seule issue possible, car l'invivable est préférable ici au déchirant. Le nihilisme s'exprime par la qualité filmique, lorsque le réalisateur, Tomas Alfredson, sert le propos de l'auteur du livre et scénariste, John Ajvide Lindqvist. Pas de plongées, pas de champs trop élargis sauf pour marquer la froideur de l'espace, pas d'indiscrétion pour ne pas produire d'intimisme. Le regard est froid et refuse le jugement, mais il ne rapporte pas à la manière d'un documentaire. La qualité de l'esthétique est ici de proposer un regard subjectif qui perçoit la situation sans pour autant se constituer comme témoignage, voyeurisme ou même suivi narratif. Le regard est situationnel, il est saisie de moments connectés pour dégager les situations des personnages. Il n'y a pas à comprendre les actes, ni leur raison d'être, il s'agit de saisir des situations, froidement, avec l'idée que l'humanité et le souci des personnages se mettra à vivre dans le cadre choisi. Morse n'est pas l'histoire d'un vampire ou d'un enfant qui rencontre un vampire ; c'est la situation d'un isolé qui se connecte à un(e) aliéné(e).

 

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