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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Adhésion probabiliste

Publié le 15 Janvier 2009 par Meta in metamonde

Les philosophes n'ont pas tous la même renommée. Le public retient aisément de grands noms comme Platon, Descartes ou Kant. Ces pensées comportent des doctrines affirmant quelque chose en rupture avec leurs prédecesseurs ou la pensée commune de leur temps, et leurs contributions concernent tous les thèmes classiques, de l'art à la politique, en passant par la connaissance ou les sciences humaines. Certains demeurent dans l'ombre de ces figures majeures, mais le retrait de ceux-là n'implique nullement qu'ils ne sont pas remarquables au plus haut point. Hume n'est peut-être pas le favori des lecteurs, ce n'est pas pour cela qu'il ne pourra être considéré comme leur égal. On ne trouve pas de doctrine à proprement parler chez lui, et c'est peut-être aussi l'une des raisons pour lesquelles on se permet parfois de le désigner comme secondaire. On peine aussi à le cataloguer, en doublant son empirisme d'une tendance à l'utilitarisme ou au vitalisme. Hume est sans doute tout cela à la fois, d'une certaine manière. En refusant d'être rangé dans un boîte, il échappe peut-être à la classification, et gagne ainsi un caractère d'autant plus intemporel. Car si sa philosophie critique violemment les philosophies de Platon, Augustin ou Descartes, c'est parce qu'il s'insurge contre les prétentions des uns et les erreurs des autres. La philosophie de Hume tend à renoncer au système et se pose en outil de pensée que chacun devra avoir à portée de main ou, devrait-on dire, d'esprit. Ce n'est ni la réflexion sur les arts, ni celle sur la morale qui gagneront un caractère fondemental pour la construction d'une pensée via les propositions de Hume. Ce dernier apporte tout autre chose : un scepticisme modéré. Il se pose en opposant au faux scepticisme de Descartes (le doute cartésien étant soit indépassable, soit hypocrite dans le glissement abusif qu'il se permet de concept en concept en prétendant poser ses découvertes de manière indubitable alors qu'il n'en est rien), et renonce à la connaissance métaphysique abstraction faite de l'expérience. La critique est sans doute quelque chose d'utile en science, mais n'y a-t-il pas là une pensée somme toute négative et qui au fond refuse et s'oppose sans jamais affirmer ? L'affirmation de Hume porte en fait sur la notion de croyance qu'il faut distinguer radicalement du mot foi. Le mot croyance est abusivement employé aujourd'hui pour désigner ce à quoi on adhèrerait avec le coeur. La croyance est une adhésion, certes, mais Hume entend donner les moyens de produire une adhésion rationnelle et non absurde pour éviter par exemple la superstition ou une naïveté qui conduirait à penser que des miracles sont possibles. Outre l'argument de Spinoza adressé à l'encontre de ceux qui croient aux miracles (en pensant qu'il a pu arriver que la nature renonce tout à coup à ses principes de causalité pour que des morts se lèvent, que quelqu'un ressuscite ou marche sur l'eau, ou que des eaux se séparent pour aider les fuyards à passer), Hume relève le fait qu'il est d'autant plus miraculeux qu'un individu puisse se mettre à croire au témoignage d'un miracle. Adhérer à un « j'ai vu » est d'autant plus aberrant que le « j'ai vu » a bien plus de chances d'être faux ou transformé ou imaginé que l'objet de la vision d'être réel. Ainsi, la question de la croyance recoupe la question de la probabilité. Que dois-je croire ? Le probable, ou plus précisément, le plus probable. Bien que je ne sois pas mathématicien, j'adhère à l'idée que notre planète tourne autour du soleil, car il est est plus probable que ce soit le cas (entre témoignages concordants, photographies, calculs d'experts, etc...) plutôt que le contraire. Hume nous invite donc à l'humilité et à la prudence. Plutôt que de délirer et de plonger dans le mysticisme dangereux, il s'agit d'adhérer à un objet de connaissance par croyance probable et, en aucun cas par le coeur, car le coeur voudrait outrepasser les probabilités et les rapports de cause à effet qui exigent d'être totalement proportionnés pour que jamais un effet ne soit plus grand que celui que les causes tendaient à engendrer dans son contexte. Ce n'est pas un hasard si Kant rendra un hommage plus que respectueux à la pensée de Hume, car la pensée de ce dernier a beaucoup à apprendre à une population qui ose prétendre que toutes les croyances se valent et que l'une en vaut bien une autre quel que soit son fondement rationnel. La connaissance est toujours croyance, et la croyance est une adhésion qui, pour échapper à l'accusation du délire, doit se fonder sur la notion de probabilité. Seul le plus probable a droit à la considération. L'improbable doit toujours être posé comme possible (le soleil ne se lèvera pas demain, car après tout, il peut bien exploser entre temps), mais il ne doit jamais être retenu sous peine de tomber dans l'obscurantisme le plus dangereux. Si bien qu'en dehors des connaissances mathématiques, seul l'expérimenté et le concordant doit retenir notre attention.
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