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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Les pré-extrémités

Publié le 16 Décembre 2008 par Meta in metamonde

En toute succession d'événements liés entre eux, on désigne le premier comme origine et le dernier comme fin. En ce sens, dans un courant artistique, le premier à produire une idée serait le point d'origine du courant. Mais à confon- dre origine et fondement, on manque une distinc- tion fondamentale entre le premier et le second. Qui est le second par rapport au premier ? Simplement celui qui décide de reprendre et de prolonger. L'origine du courant est celui qui a l'idée première et originale, mais sans successeur, sans prolongement, soit l'artiste disparaîtra dans l'oubli, soit il sera considéré comme une exception remarquable dans l'histoire de la création. Le successeur est donc bien celui qui lance le courant et, en ce sens, le fonde à partir de son origine, c'est-à-dire le maître à penser, le génie qui a eu la première idée. On ne saurait attribuer alors la même valeur au troisième, car celui-ci prolonge le mouvement dans la direction vectorielle désignée par l'articulation entre le premier et le second, entre l'origine et le fondement. Le troisième terme du mouvement idéologique ou artistique est donc un participant susceptible d'apporter beaucoup à celui-ci, mais qui n'a pas valeur d'extrémité. Il est, en ce sens, interne au courant. Si donc, dans le courant, l'individu prolonge, il s'intègre dans la demi droite initiée par l'extrémité originaire et l'extrémité fondamentale. Mais s'il y a changement de la direction comprise par le sens du vecteur du mouvement, alors l'individu initiant ce changement doit être considéré comme l'origine d'autre chose, le point d'arrivée du courant clôturant la demi-droite comme segment, et ouvrant un nouveau vecteur en tant que nouvelle origine. Dans ce cas, ce terme dernier nie ce dans quoi il s'inscrit en ouvrant sur autre chose. C'est là le propre des artistes qui, ayant intégré un mouvement, se l'approprient et ont le génie d'engendrer autre chose. Dans ce cas, il faut attribuer un statut particulier à l'avant-dernier. L'avant-dernier est l'authentique dernier artiste du courant dans lequel il s'inscrit. Il n'est pas celui qui le clôt, mais celui qui lui donne un dernier souffle quite à l'essouffler et justifier la différenciation du dernier. Il est en fait le dernier avant le dernier, l'espace final avant le point d'arrivée. C'est pourquoi il ne faut pas penser un courant en terme d'élément initial et d'élément clôturant, mais en prenant en compte quatre extrémités ou, plutôt, deux extrémités et deux pré-extrémités entre lesquelles se déploie la continuité historique d'un style, d'un type d'art ou d'une philosophie.

Oeuvre représentée :
Sensorium dei : l'univers conçu comme monocorde, Robert Fludd, Utriusque Cosmi Historia, Oppenheim, 1617

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