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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Violence créative

Publié le 13 Octobre 2008 par Meta in Esthétique

Voici une présentation de thèse dont le travail, tout au long de sa gestation, sera à plusieurs reprises évoqué sur ce blog.

Les tentatives pour expliquer le sens des productions artistiques contemporaines peuvent porter le regard sur le geste de l'artiste, de manière à comprendre, par les conditions d'élaboration de l'oeuvre, la valeur de celle-ci. Or, il peut ressortir de l'analyse une certaine perplexité devant l'aspect en apparence chaotique de la construction de l'oeuvre au cours du vingtième siècle. Les techniques de production sont diversifiées et originales au point qu'il est difficile de juger de leur pertinence. Jeter la peinture, brouiller le paysage, briser la narration, découper les textes en tirant l'histoire des aléas de la répartition, peindre en criant de toutes ses forces. L'artiste contemporain a peut-être conscience que, malgré l'originalité de sa proposition, son travail sera jugé selon les codes sociaux de son contexte de vie, et cette  potentielle d'assimilation présente le risque de la récupération à laquelle l'artiste souhaite échapper en demeurant authentique. Ce constat fait par Adorno pourrait être mis en relation avec les tentatives artistiques visant à refuser la soumission aux codes de l'art classique. Bacon, Burroughs, Schönberg, Ferneyhough, chacun à sa manière génère un geste vigoureux qui tend à refuser la soumission exigée par les codes pour produire librement un mouvement lui permettant de quitter le carcan cloisonné de l'art classique. Pour produire un art nouveau, il faut une technique nouvelle.

Or, l'art nouveau est celui qui saura exprimer ce qui n'est ni convenu, ni trop admis. L'art authentique est celui, dit Nietzsche, qui crée comme le fait la vie, avec force et spontanéité. Dans ce cas, pour échapper à la règle quotidienne et garantir la spontanéité, l'artiste doit trouver des voies d'expression qui lui permettront de s'abstraire des rigidités sclérosantes qu'il lui faut faire voler en éclats. C'est en ce sens que l'on pourrait comprendre en quoi la violence dans l'acte de création a des vertus productives et libératrices. Mais Nietzsche rappelle néanmoins que le geste de l'artiste demeure paradoxal, pris dans la dualité apollinien-dyonisiaque qui lui impose de se libérer des normes ou faire signe vers tous les possibles tout en demeurant dans la sphère du contexte humain.

Or, que font Ferneyhough, Burroughs, Bacon, si ce n'est user de violence tout en conservant un certain nombre d'exigences. Il apparaît donc que ce paradoxe dans la création est l'affirmation d'une certaine positivité de la violence dans ce qu'elle doit être libérée tout en restant néanmoins maîtrisée. Dans ce cas, se dégage une ligne de recherche sur la question de la positivité de la violence dans le processus de création, violence qu'il ne faut pas seulement envisager comme éclatement ou comme explosion, mais qu'il faut aussi penser comme rupture ou césure comme le présente la musique et le dodécaphonisme de Schönberg. C'est peut-être alors la valeur du négatif dans le processus créatif qu'il s'agit de dégager, et ce non seulement en étudiant son mode d'utilisation, mais aussi en le confrontant au résultat et à ce qu'il permet d'obtenir. Car il ne saurait être question de dissocier le mode de production du fond qu'il permet d'obtenir. Ainsi, ce n'est donc pas seulement le geste wagnérien déconstruisant le monde divin par les flammes qui doit être soumis à l'examen, mais aussi la manière dont il dégage dans l'oeuvre un monde de la liberté qu'il a voulu ouvrir en détruisant l'ancien par le potentiel de violence d'une pensée dynamique allant à l'encontre de la norme.

L'enjeu d'un tel travail est donc double : reconnaître une valeur à la violence dans l'acte de création, et découvrir des lignes d'intelligibilité dans l'évaluation d'une l'oeuvre dont la gestation a supposé la violence. Pour y parvenir, l'entreprise devrait, par l'analyse d'oeuvres d'art, s'attacher à interroger les auteurs ayant d'une part reconnu la question du paradoxe de la violence dans le processus de création (Nietzsche) et la valeur du négatif (Hegel), et ayant d'autre part analysé la question de la lutte de l'artiste face à la rigidité de codes qui lui refusent en droit la déconstruction et qu'il lui faut réaliser en fait (Deleuze, Adorno).

Peinture : Saturne dévorant un de ses enfants, Goya.

 

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