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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Philosophie de l'alchimie

Publié le 4 Juillet 2008 par Meta in metamonde

L'alchimie est souvent perçue comme une approche ésotérique de ce que la chimie deviendra plus tard. Conçue à tort comme science occulte, elle souffre vraisemblablement d’une imagerie populaire qui ferait de l’alchimiste celui qui rêve d’un Grand Œuvre consistant dans la réalisation de l’or par transmutation minérale. Cette imagerie oublie complètement le terme philosophal, et semble d’autant plus ignorer sa proximité avec le terme philosophie. C’est à une réhabilitation de la démarche alchimique que procède Françoise Bonardel dans Philosophie de l’alchimie. Cet énorme essai universitaire refuse que l’alchimie soit considérée comme une activité de second plan pour faire ressortir la dimension philosophique et philosophale de l’entreprise alchimique. En d’autres termes, un engagement sur la voie alchimique est un travail de transmutation de soi, quête au terme de laquelle le plomb deviendrait or, ou plus métaphoriquement, l’individu s’accomplirait en propre. La différence entre l’entreprise philosophale et la quête philosophique reposerait donc sur le fait que la seconde est une voix de la sagesse, de la compréhension, de la donation de sens, tandis que la première est un apprentissage de la transformation de soi par transmutation progressive de l’ego. Rien de surnaturel là-dedans, point d’histoires d’alambic si ce n’est de manière métaphorique, mais tout le vocabulaire de l’alchimiste révèle peut-être la dimension poétique de sa démarche, ce qui conduira Bonardel à dire que « l’alchimie partage avec la poésie le privilège d’avoir à orchestrer les rapports imprévisibles entre occulte et manifesté, lumière et ombre. » L’enjeu de l’alchimie n’est pas de découvrir le sens caché du monde, il ne s’agit pas d’une démarche métaphysique ou révélatrice, c’est une entreprise personnelle dont le sens n’a pas suffisamment été clarifié en raison d’une part des siècles obscurantistes dans lesquels elle s’est développée, et en raison aussi du coup presque fatal que lui a porté le rationalisme. Non que l’alchimie soit irrationnelle, mais la démarche empirique et positiviste des scientifiques des derniers siècles a mis de côté l’activité de l’alchimiste pour faire de lui un fou s’amusant avec athanor et creuset. Bonardel procède dans son livre à une critique assez acerbe du positivisme, peut-être trop, car il pourrait s’agir de la seule condition à laquelle tout obscurantisme n’aurait plus droit d’existence. Néanmoins, elle a peut-être raison en remarquant que les positivistes sont aussi coupables d’un assèchement de la pensée qui refuse tout ce qui n’est pas cadré par le formalisme scientifique habituel, car c’est ce fanatisme empiriste qui a conduit à dénigrer l’entreprise alchimique qui ne comporte pourtant pas les délires religieux ou ésotériques du domaine obscurantiste. L’alchimie est une voie philosophique embrassant un mode philosophal, c’est-à-dire qui engage le praticien dans une démarche qui lui permet non seulement de se transmuter, mais aussi de saisir les subtils liens entre l’Un et le Multiple, articulation ultime de toute métaphysique. Par-delà les critiques ou les compliments qu’on pourrait adresser au livre de Bonardel, son premier mérite réside dans doute dans sa capacité à montrer que l’alchimie devrait avoir droit d’existence non en tant que science occulte et étrange, mais en tant que pratique philosophique parmi les autres.
Peinture : Un alchimiste dans son atelier, par David Teniers le Jeune (élève de Rubens, 1610-1690).
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Frédéric 05/01/2009 02:23

Il va falloir qu'on parle de Démiurges, tiens !Il s'agit d'un jeu philosophal.