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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Doctrine du flirt

Publié le 29 Mai 2008 par Meta in metamonde

On assimile bien souvent le flirt à de la séduction, manquant ainsi ce qui fait la spécificité de ce premier concept. Si flirter n’est pas directement séduire, c’est parce que le flirt dépasse d’abord la sphère de l’éros. On comprendra que flirter avec la mort ne signifie point la séduire puisqu’elle n’est ni conscience ni objet. Même dans le cadre de l’éros, ensuite, le flirt n’a pas la dimension guerroyante de la séduction. Il s’agit plutôt d’une marche, de l’avancée hésitante et stimulante vers un point de rupture. La fin du flirt survient dans le renoncement ou l’union, la mort ou le retour quotidien à la vie, l’embrassade ou la remise à plus tard. Le flirt n’est ni entreprise, ni potentielle réussite, car il n’a pas de finalité exacte et qu’il ne se réalise pas ; il passe, tout simplement. On flirte comme on s’essaye à, générant ainsi l’idée qu’il pourrait advenir quelque chose qui n’adviendra pas dans le cadre de ce flirt du moment que la retenue exerce son emprise. L’advenir signifie ainsi la fin du flirt qui n’est ni affirmation de soi, ni objectivation pour la conscience. Lorsque Hegel ramène toute la réalité à un mouvement dialectique et rationnel, il pose que le sujet quittant la sphère de la subjectivité trouve sa différence, son objectivation, dans ce qui le contrarie et s’oppose à lui. Dans le cadre de la séduction, c’est la dialectique du maître et de l’esclave qui s’exprime pour trouver sa résolution lorsque celui qui a plié retrouve l’unité de sa conscience dans une synthèse unificatrice. Hegel a traité de la séduction, mais pas du flirt. Peut-être séduisait-il ses étudiants pour les faire renoncer à Schelling et les détourner de la chaire voisine de Schopenhauer délaissé avec son caniche. Car flirter avec eux n’aurait jamais garantit l’adhésion de leur confiance. Ceux qui flirtent ne cherchent pas la possession et n’exécutent pas une démarche, ils éprouvent le mouvement d’une marche à deux. Vouloir flirter, ce n’est pas aimer ou séduire mais ouvrir un entre-deux. Devenant un effleurement continu, il est le refus de la confrontation tout autant que de l’union de sorte qu’il n’est ni conquête de l’autre, ni expression d’une crainte. Effleurer la mort, c’est bien tendre un mouvement jusqu’au paroxysme, déployer une possibilité comme proposition non aboutie qui exprime à la fois l’inquiétude et l’excitation. C’est peut-être à ce titre que ceux qui flirtent se sentent vivre et qu’aussitôt le flirt passé, ils ressentent l’apathie de la quotidienneté, le caractère morne d’une relation engendrée par la séduction. C’est là le caractère sombre du flirt, car dépourvu de finalité si ce n’est celle de le vivre, il ne (se) satisfait pas et n’a pas d’après. Ceux qui flirtent avec autrui (érotiquement, amoureusement ou amicalement) tout autant que ceux qui flirtent avec certaines réalités abstraites (mort, échec, chute, …) sont dans la recherche de la tension où l’élément second de la relation, qu’il soit l’autre ou la mort, ne les gagnera pas. Il ne faut ni réussite ni échec, il faut garder à distance mais de façon tangente la peau, le visage, l’esprit de l’autre. C’est pourquoi il faut peut-être reconnaître au flirt une dimension asymptotique dans ce qu’il a d’infini, de continu et de presque tangent.
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