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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Idéal romantique

Publié le 13 Février 2008 par Meta in metamonde

t-seminude_reclining1.jpgLa dichotomie récurrente entre idéal et empirique est souvent manquée dans la représentation de nos désirs, comme si le constat de ce fossé avait quelque chose de dérangeant. On manque pourtant toute la vérité sur nos aspirations réelles en refusant d’entrevoir une mécanique qu’on tente d’expliquer par la psychanalyse. Ce que cette dernière dégage, ce sont des phénomènes déjà compris bien avant Freud et entendus dans les philosophies opposant expérience et concept. Se dessinent ainsi, dans nos idéaux, des désirs inaccessibles matérialisés par des expressions réduites et ponctuelles. Girard évoque en ce sens la triangulaire du désir dans Mensonge romantique et vérité romanesque, en décrivant la dynamique désirante animant Don Quichotte. Ce dernier, dans son violent désir de charger les moulins à vent vise un tout autre désir, celui de l’idéal chevaleresque. Privé de la possibilité de devenir le chevalier parfait, Don Quichotte peut espérer se hisser dans sa quête perdue en poursuivant les redoutables moulins. Vouloir le moulin, c’est le désir masquant un idéal plus grand. Platon comme Kant décryptent la dichotomie susdite, en montrant que l’attachement du corps au sensible, ou encore à l’expérience sentie, nous prive de tout espoir de saisir l’idéal. Nous nous complaisons alors dans une quête des désirs empiriques, des petits désirs, de ceux qu’on suppose pouvoir réaliser. L’amour pour la femme la plus aimante et dévouée se transforme en une passion pour une femme généreuse et attentive. En ce sens, la déclaration d’amour masque tout autre chose que la découverte de son idéal pourtant inaccessible. Le je t’aime signifie bien que l’être aimé est apte à proposer une médiation vers l’amour plus grand qu’on entrevoit derrière telle femme ou telle homme. Désirer une femme, disait Deleuze en s’inspirant du romantisme proustien, c’est vouloir tout le paysage qui se dessine autour d’elle, c’est viser quelque chose de cosmique caché derrière ses simples cheveux ou ses yeux pourtant anodins. C’est pourquoi l’amant honnête ne devrait pas déclamer le grand mot, car amour est hypocrite. Platon dirait que je retrouve dans l’être aimé la grande image de l’amour et la beauté. Je vise ainsi dans le désir quelque chose de bien plus grand que l’être aimé. Dans ce cas, ne faut-il pas dire plutôt à l’amant : "Tu contentes ponctuellement mon désir d’union absolue avec le cosmos" ? Triste formule, ennemie acerbe du romantisme. Amour n’est au fond qu’une appellation adressée à l’icône d’un plus grand dieu.
Tableau : Egon Schiele, Femme demie-nue

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