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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Les larmes du russe

Publié le 9 Novembre 2007 par Meta in Littérature

465646525-L-copie-1.jpgLe roman de science fiction jouit en France d’une mauvaise réputation. On lui associe souvent une absence de sérieux, niant toute prétention aux grands prix littéraires, comme si le romancier trop rêveur était à ranger parmi les grands enfants qui jouent à fantasmer sur des sociétés inexistantes. Pourtant, quoi de plus stimulant pour la pensée qu’un travail littéraire réfléchissant sur les évolutions possibles de notre société, sur les défis de demain, sur notre rapport à l’évolution cosmologique du monde ? On en vient même à refuser à la science fiction tout droit à produire de l’authentique littérature. Malgré une profondeur psychologique réelle, une qualité esthétique dans la forme, un génie de l’anticipation, l’écrivain introduisant dans son récit une notion de biotechnologie risque de voir son récit boudé par l’aristocratie littéraire française. Le dédain de la science fiction ne mérite pas plus de considération qu’une sanction relative à son imbécillité. Stanislas Lem, dans Solaris, qui a donné naissance au génial film de Tarkovski, produit une réflexion philosophique d’une richesse inépuisable en travaillant sur les problématiques du désir, de l’identité, sur la distinction entre universel et singulier, sur la perte malheureuse par l’homme contemporain de quelque chose de cosmique. Jugeons sur pièce. Le roman raconte l’arrivée de Kris Kelvin, venu porter un secours psychologique aux habitants de la station Solaris, construite pour étudier un océan capable de penser. Il réalise à son arrivée que l’océan étudie vraisemblablement les pensées humaines en matérialisant devant eux l’objet de leurs désirs. Kris retrouve ainsi celle qu’il sait morte, Harey, mais non l’Harey qu’il a connue, plutôt l’Harey qu’il a désirée telle qu’il la percevait. Cette mise en situation est riche de réflexion pour un lecteur qui saura tirer enseignement des situations métaphoriques qui appellent nécessairement à s’interroger sur nos propres désirs, nos peurs et notre rapport à l’inconnu. Tarkovski fait dire à l’un de ses personnages que « nous avons perdu quelque chose de cosmique ». Effectivement, le dédain de la science fiction, croire qu’on ne peut tirer de connaissances et de sens des rêves contenus dans ces livres, le fait qu’on préfère l’insipidité du travail d’Amélie Nothomb et sa Métaphysique des tubes, ou l’exemple d’un Houellebecq qui pour être lu déguise sa passion pour le fantastique et la science fiction derrière le masque de la critique sociale, tout cela donne raison à la tristesse de Tarkovski.

 

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Nébal 31/12/2007 10:56

Je n'ai pas vraiment la référence précise. Ca vient d'un florilège de jugements méprisants à l'encontre de la SF émis par des intellectuels français dans les années 60-70, reproduit par un forumer sur ActuSF. A priori, il les avait trouvés dans "L'Effet science-fiction", vieil essai écrit... par les sinistres Bogdanov Brothers, ce qui n'est pas vraiment la classe non plus, je te l'accorde. :)Pour l'attitude de Sartre contre les comics, par contre, ça venait d'un intéressant article dans un numéro de "Comix Box" d'il y a un an ou deux, mais je ne peux pas être plus précis, désolé...

Nébal 29/12/2007 20:05

Tiens, tu m'excuseras, mais j'ai envie de troller un peu, là... :)Hop, une petite citation (*broumf*) :"Je ne souhaite pas faire de commentaire sur la littérature de science-fiction, sinon qu'elle est trop absurde pour pouvoir représenter vraiment le sentiment de l'absurde."C'est de Jean-Paul Sartre. Oui, oui, le même Jean-Paul Sartre qui appelait à la censure des comics.Quand je te dis que cet homme-là n'est pas fréquentable... ^^

Meta 31/12/2007 01:21

 Eh oui... Même lui tombe dans de tels panneaux. Son intelligence ne le met donc pas toujours à l'abri de la stupidité. Je veux bien la référence, pour m'y reporter.

Nébal 09/11/2007 17:43

J'avais compris, d'où le "au cas où" (tu n'as pas fait l'erreur, mais je l'ai croisée par-ci par-là)...

Nébal 09/11/2007 17:17

Sans surprise, je suis entièrement d'accord avec toi sur le fond (waaah, il lit de la SF ! tout peut arriver...).A une exception près : personnellement, "Solaris" m'a plutôt déçu... L'écriture de Lem (qui n'est pas Russe, mais Polonais, au passage, je le rappelle juste au cas où) m'a semblé plutôt fade, et ses personnages assez plats (en-dehors de quelques jolies scènes avec Harey).Ceci dit, je ne suis pas surpris de ton intérêt pour ce roman, connaissant ton adoration pour les films de Tarkovski (même si son "Solaris" est tout de même très différent de celui de Lem). Et force est de reconnaître que Lem y envisage des questions passionnantes, en premier lieu celles des difficultés suscitées par la communication avec une forme de vie si différente, mais au-delà la communication en général, la définition de ce qui fait l'humain et la notion de réalité ; autant de thèmes majeurs que l'on retrouve au coeur de l'oeuvre du génial Philip K. Dick (oui, je ne peux pas m'empêcher de faire de la pub pour le fabuleux écrivain...) ; rien d'étonnant, dès lors, à ce que Lem, dans un fameux texte, ait placé l'auteur "d'Ubik", parmi nombre de merveilles, au pinacle de la science-fiction américaine.

Meta 09/11/2007 17:31

Le titre de cet article fait référence à Tarkovski, qui est Russe, évidemment.