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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Malveillance étatique

Publié le 25 Octobre 2007 par Meta in metamonde

361520-dont-mess-serie-1.jpgDans sa volonté de se mainte- nir, l'Etat a besoin de produire un dyna- misme patriotique afin que les compo- santes de son unité reconnais- sent en lui la fin de leurs volontés. Aristote rappelle au début de Ethique de Nicomaque que le bien suprême serait le bien de l'Etat auquel toutes les fins des actions des citoyens seraient relayées. Un Etat dont les citoyens n'auraient pas de conscience patriotique risquerait ainsi de ne pas se conserver, et les fins qu'il vise seraient ainsi inatteignables. Afin de garantir l'idéal patriotique, un certain nombre de moyens sont à la disposition des gouvernants, et notamment la construction d'images fortes destinées à servir de modèle. La figure du héros national est ainsi emblématique de la démarche démagogique visant à vanter les valeurs d'un état. Rien d'original là-dedans, puisque déjà le héros grec était un modèle d'action pour le peuple qui entendait les légendes d'Homère. Platon avait bien compris dans Les lois que l'imagerie des poésies était susceptible de corrompre et de modifier les perceptions d'un peuple, et c'est pourquoi il préconisait une éducation dans laquelle les textes poétiques seraient soumis à une censure et parmi lesquels seuls ceux mettant en avant les valeurs étatiques devraient être conservés dans le cadre de l'éducation. Que fait d'autre l'éducation que malignement transformer la conscience de la jeunesse en lui donnant à manger des figures dont les actions sont subrepticement isolées de leur contexte et même rapportées de façon mensongère ? On se souvient de la manière dont on vend aux enfants le visage de Clovis, plein de justice, ou celui de François Premier, soi-disant héros de Marignan et porteur du glorieux élan des guerres d'Italie. On garde à l'esprit la terrible bataille de Poitiers contre des Arabes qui n'étaient qu'une poignée. On ne reviendra pas sur la manière dont la guerre d'Algérie est rapportée. L'Etat a besoin de faux héros pour affirmer sa personnalité et se vendre à ses citoyens. S'il ne le faisait pas, il courrait le risque le plus grand pour un Etat contemporain, et pourrait voir ses citoyens tomber dans la plus admirables des tensions : celle de se sentir d'abord humain, de se poser comme citoyens du monde et ensuite seulement d'un continent ou, à défaut, d'un pays. Cela suppooserait de construire toute une éducation de valeurs humaines et contemporaines, cela supposerait aussi de poser que les valeurs des résistants sous Vichy ne sont plus nos valeurs, cela reviendrait à donner raison à Sartre, cet existentialiste athée qui pose la contextualité de la morale. Horrible horizon pour l'Etat, admirable issue pour l'individu.

 

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Philosophical Looser 09/11/2007 10:48

Non l'état ne se tire pas une balle dans le pied bien au contraire. Le besoin d'autoconservation de l'état, inhérent à l'exercice du pouvoir, pousse celui-ci à tenter de désamorcer tout phénomène politico-idéel qui pourrait à moyen ou long terme faire vaciller sa detestable stabilité. Et quelle méthode efficace de désamorcage que de faire croire qu'un organe de résistance n'en est pas un !Si le communisme, quelle que soit ce que l'on met dans ce mot est intégrable par l'état, c'est que le communisme n'est pas un pouvoir de résistance. Voilà la supercherie de cet action politique vis a vis de la lettre de Guy Moquet : dilluer la resistance au sein de l'état, donner une illusion d'une "innoffensivité" afin de générer un désinterressement de la jeunesse vis a vis de ce qui pourrait faire vaciller la tote puissance de l'état. A quel prix ? au prix d'une scandaleuse simplfication, d'un rabotage du donné historique, et d'un abetissement des masses, tellement pratique, et tellement moins dangeueux que l'activité mouvementée et bousculante inhérente à une activité intellectuelle riche, critique et diversifiée.  Ce qui ressort de tout cela pour qui prend du recul, c'est que le message véhiculé par Guy Moquet et ses camarades représente bel et bien un danger pour l'état tel qu'il se présente aujourd'hui, même si une réactualisation de ce type d'idées est absoluement nécessaire pour les rendre efficaces dans notre monde.

Julien 04/11/2007 11:14

En France, pays de la contestation, de la greve et de la manifestation, la valorisation de la Resistance est logique, mais tellement ambivalente.Lorsque l'adolescent est fascine par Batman ou autre heros de comics, sa fascination se fonde sur l'aspect incroyable et invincible du personnage, mais egalement sur son inalterable gout pour la justice et la protection des personnes. Lorsqu'on nous demande d'etre fascine par;"spider- guy moquet", image du jeune resistant convaincu, martyr de la guerre, victime de la barbarie nazie, que doit on comprendre? La barbarie nazie n'existe plus, donc, il n'y a plus d'occasion de devenir un grand martyr. En revanche l'idee de resistance peut se decliner dans tous les domaines. Par mimetisme et par respect pour l'image du jeune Guy Moquet il faut donc entrer en resistance permanente. L' Etat ne se tirerait pas une balle dans le pied?

Nébal 29/10/2007 11:46

Oui, c'était bien cela que je montrais du doigt, entre autres.Et aussi la tendance presque inévitable à recourir aux "symboles" : les solutions de remplacement proposées, à terme, me semblent presque nécessairement devoir aboutir aux mêmes effets pervers...Le tabassage idéologique, étatique ou non, me semble inévitable. Reste - piètre consolation - une infime part de choix dans le tabassage que l'on subit... ou que l'on inflige.

Nébal 26/10/2007 23:43

... Je viens de me rendre compte que ce que j'ai écrit ce matin était passablement illisible, à vouloir trop en mettre d'un coup...Bon, petites précisions dans l'immédiat : quand je parle ici de "vertu", c'est bien dans le sens où Montesquieu emploie ce terme dans "L'esprit des lois" ; plus qu'une connotation "morale" (tu donnes bien l'exemple du très vertueux Robespierre) même s'il y a de ça, et assez loin de la "vertu" au sens machiavélien, il faut surtout entendre par là un sens "civique" de dévouement et de réel intérêt pour l'activité politique et le bien commun. La "vertu", dans ce sens-là, n'est donc pas uniquement celle des gouvernants, mais tout autant des gouvernés (à mettre en rapport, donc, avec l'idée de prophétie autoréalisatrice ; je reformule un peu au passage, ça sonnera moins définitif : la démocratie ne peut fonctionner que si l'on y croit).Quant à Tocqueville, son analyse de la démocratie (entendue pas uniquement - loin de là -  au sens politique, d'ailleurs) est incontournable ; sur cette question, je l'ai évoqué surtout en pensant à ce qu'il disait de l'attitude de la démocratie en guerre, notamment (où l'on rejoint le patriotisme, donc).Et cette fois je vais laisser Constant de côté, parce que ça me ferait mal de trop passer pour un libéral (j'ai une réputation de "rouge révolutionnaire" - sic - à maintenir, non mais...).Une idée générale, qui ne ressortait peut-être pas très clairement de ce premier message, c'est une certaine ambivalence du propos, et notamment dans ce que tu dis sur l'éducation ; et, surtout, l'idée d'un partage des responsabilités dans ce problème (une autre référence ? allez, pour le plaisir : La Boétie et son "Discours de la servitude volontaire" ; ça sera peut-être plus parlant).... Re-désolé, donc. Demain, j'arrête. Désolé.

Meta 28/10/2007 21:21

Le problème de l'éducation est en effet ambivalent. On influence en éduquant, mais l'éduqué réclame d'être influencé en effet (si c'est ce sur quoi tu pointes le doigt) ; cela appellerait évidemment de longues réflexions.Inutile d'être désolé, les remarques sont justes. Il faut assumer vos dires, Monsieur.

Nébal 26/10/2007 11:30

Intéressant, même si tes exemples historiques et philosophiques ne me semblent pas forcément les plus pertinents pour la question (d'autant que Clovis, "figure de justice", heu...). Bon, je pinaille, je pinaille, mais, plutôt que l'idée "patriotique", qui a certes une résonance particulière (et sinistre...) à l'heure actuelle, il me semble que tout cela doit aussi être mis en rapport avec l'idée de la démocratie comme "prophétie autoréalisatrice", manière de dire que ça ne marche que tant qu'on y croit, ce qui implique - et dans une perspective libérale (au sens politique, souvent oublié en France), cela vient contrebalancer le pouvoir étatique, à la différence de l'ancienne démocratie à la grecque (parler "d'Etat", c'est un petit peu anachronique, si je dois en rajouter dans le pinaillage...) - ce qui implique, donc, une participation, au moins en esprit, éventuellement en actes (et là la "liberté des modernes" de Benjamin Constant rejoint la "liberté des anciens") : la vertu comme principe de gouvernement, quoi. Sous cet angle, des auteurs tels que Montesquieu et Tocqueville ont bien des choses à dire, et le tableau final est peut-être un peu moins noir...Bon, pinaillage (potentiellement stupide, on fait c'qu'on peut...). Dans l'ensemble, je te rejoins tout à fait. Sauf sur un point : donner raison à l'ignoble petit con qui ne voulait pas "désespérer Billancourt" (ce qui rejoint cette thématique, au passage) ? Et puis quoi encore ! (gniark gniark)

Meta 26/10/2007 22:52

Oui, concernant les exemples historiques, j'ai choisi ceux vus à l'école primaire. Sans doute n'a-t-on pas donné une image de justicier à Clovis, et l'idée d'un symbole de puissance plus que de justice serait adéquat. L'idée patriotique fait ici référence au contexte de l'actualité, et notamment à l'exigence pour les enseignants de philosophie de parler de Guy Moquet ; c'est le travail consacré à cette question qui a produit presque directement cette lettre. Beaucoup d'idées dans ta réponse, j'ai du mal à tout synthétiser. La mobilisation du terme de vertu, ici, ne m'apparaît pas clairement. La prophétie autoréalisatrice : une démocratie peut ne pas du tout marcher, même si on y croit ; et elle peut dégénérer et se corrompre alors même qu'on est plein d'espoirs et de vertus, car l'exercice de la vertu peut conduire aux pires ignominies (exemple de Robespierre, qui admirait pourtant Rousseau) (et sans parler du fait que la vertu produit de bonnes intentions et que les bonnes intentions, (merci Machiavel) peuvent aussi conduire à la banqueroute). Je crois bien largement qu'il y a des choses sur le patriotisme et le projet de nation dans L'esprit des lois et De la démocratie en Amérique ; cela appelle d'ailleurs une nouvelle recherche, merci de la remarque.