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Metamonde

"Je compte sur peu de lecteurs, et n'aspire qu'à quelques suffrages. Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n'être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde." Diderot

Atmosphère urbaine

Publié le 23 Août 2007 par Meta in metamonde

40137457.Rathaus1.jpgIl semble qu'il existe un lien entre la personnalité d'une ville et son espace. Cette articulation est sans doute la même que celle qui relie une atmosphère unifiée à l'agencement d'un lieu quelconque. Nous sentons bien au quotidien que si les choses étaient construites différemment,  la sensation que nous retirons de nos contemplations serait différente. Il est pourtant difficile de mettre des mots sur ce qu'est exactement une atmosphère, qu'on pourrait définir comme la tonalité qui émane d'un lieu lorsque nous y prêtons attention. Sans doute celle-ci est aussi dépendante de notre état d'esprit, mais plusieurs personnes peuvent toutefois parvenir à s'accorder sur un même ressenti. La difficulté sera alors de trouver les mots. Nous savons généralement qualifier un lieu avec des adjectifs évoquant ses attributs, par la taille, la couleur, la lumière. Mais l'atmosphère a ceci d'intuitif que nous éprouvons toutes les peines du monde à mettre des mots dessus. Ainsi, il apparaît qu'une atmosphère est une idée dont le concept est aussi vague que son appréhension. Nous sentons qu'elle a à voir avec l'agencement, la couleur, la grandeur ou l'étroitesse, la profondeur, la luminosité. On peut donc dire qu'elle est conditionnée par une certaine disposition de l'espace. Mais toute la difficulté, justement, repose sur le fait que cette étendue, que nous décortiquons intellectuellement, dégage pour nous quelque chose de qualitatif, au point que tout repose au fond sur la manière dont nous portons collectivement, ou plutôt culturellement, nos jugements. Ainsi, triste est une salle délabrée, joyeuse celle dont les couleurs et le mobilier expriment ce que nous concevons comme dynamique. A n'en point douter, c'est la tension de notre conscience collective qui forge les atmosphères en greffant des jugements qualitatifs sur des agencements quantitatifs. Il n'y a donc pas de tonalité sans un individu pour la penser, parce que l'atmosphère est l'expression d'une sensation et d'une manière d'appréhender celle-ci. Si ce raisonnement est cohérent, alors en découle des conséquences fondamentales. Il devient impropre de décrire une atmosphère, car il s'agit simplement d'exprimer notre sensation. De ce fait, l'appréhension de la tonalité d'un lieu n'est pas esthétique comme le serait celle d'une oeuvre des beaux-arts. Il s'agit non d'un jugement sur la chose, mais d'un jugement sur notre réception. Le récepteur est en ce sens coupé de l'émetteur. C'est pourquoi on pourrait dire que l'atmosphère d'une ville n'a rien d'esthétique. La tonalité qui résonne en nous lors de cette appréhension est l'écho du regard qualitatif que nous portons sur l'agencement quantitatif des choses. En ce sens, toute cette tension subjective est une déformation de l'espace qui n'est plus ici mis en forme par les "formes a priori de la subjectivité" (ne refusons pas à Kant le droit à la parole), mais plutôt déformé par la tension de notre puissance de représentation. C'est pourquoi la saisie d'un espace urbain n'apparaît pas seulement comme la matière de notre perception, mais comme la possibilité qui nous est donnée d'enchanter le monde. Nous ne comprenons peut-être l'espace qu'en l'enchantant d'une atmosphère.

 

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Meta 24/08/2007 00:59

Prolongeant la problématique de l'espace, le texte est certes un peu osé. Mais la question de l'atmosphère est peu étudiée en philosophie et l'aborder paraît non pas exceptionnel, mais au moins singulier. Peut-être pourrait-on formuler quelques objections dont certaines reposeraient sur ce que le caractère succinct du message empêche de développer. A ceux qui le souhaiteraient, je ne peux que formuler le voeu de les voir s'exprimer.