
En revoyant le
chef-d'oeuvre de Kim Ki-Duk, Locataires, il apparaît que le sujet du film concerne principalement la notion de
territoire. Si la relation amoureuse occupe toute une dimension du film, le héros met en place une véritable problématique de l'occupation de l'espace. Sans domicile, il arpente les
structures urbaines pour s'y installer le temps nécessaire, le temps d'une nuit. Dans le secret, il paye cette location illicite par un entretien sanitaire de la demeure qu'il occupe. Le film
décrit ainsi un homme qui n'a pas vraiment d'espace à lui, et qui va de résidence en résidence, pareil à un nomade. Hélas, la société n'accepte pas le prêt non prévu dans le cadre de la loi,
surtout lorsqu'il ne repose pas sur une assise pécunière. Peut-être un dédommagement financier ferait oublier aux propriétaires outrés l'affront d'une occupation de leurs sols, mais l'échange
proposé par le héros n'obéit pas aux codes de la norme. Rejeté, incarcéré, que reste-t-il au personnage ? L'apprentissage d'une nouvelle conception des territoires. S'il ne peut les
emprunter, alors il faut occuper l'espace en même temps que le propriétaire, à l'insu de celui-ci. Voilà une nouvelle définition de la location. Le héros loue toute la propriété d'un homme
violent qui conçoit sa femme comme un simple bien, c'est pourquoi il louera aussi, à son insu, cette même femme. Malgré tout, dans ses bras, elle n'est plus un bien, puisqu'il ne conçoit pas
la notion de propriété au même titre que les autres individus. Elle est simplement là, comme d'autres espaces, et puisqu'elle s'ouvre à lui, il se permet de l'occuper. Le personnage s'est
ainsi réellement détaché de l'acquisition des biens pour produire un nouveau mode de vie, une éthique différente qui l'éloigne du consumérisme et lui ouvre des espaces nouveaux, des lieux
qu'il visite librement. L'acquisition d'espaces ne repose alors plus sur le travail, mais sur la notion de cohabitation et de partage. Puisque cette notion est pour le moins oubliée, ceux qui
la gardent à l'esprit et renoncent à la propriété doivent se changer en fantômes et devenir des locataires.
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