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Ce blog est consacré à la philosophie et, plus précisément, à un site, proposant des études portant sur des questionnements, des livres ou du cinéma : "Metamonde". Je suis enseignant et souhaite ainsi partager ma passion pour l'activité philosophique.    Axel Fourdrinier 

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Jeudi 5 juillet 2007

LocatairesG.jpg En revoyant le chef-d'oeuvre de Kim Ki-Duk, Locataires, il apparaît que le sujet du film concerne principalement la notion de territoire. Si la relation amoureuse occupe toute une dimension du film, le héros met en place une véritable problématique de l'occupation de l'espace. Sans domicile, il arpente les structures urbaines pour s'y installer le temps nécessaire, le temps d'une nuit. Dans le secret, il paye cette location illicite par un entretien sanitaire de la demeure qu'il occupe. Le film décrit ainsi un homme qui n'a pas vraiment d'espace à lui, et qui va de résidence en résidence, pareil à un nomade. Hélas, la société n'accepte pas le prêt non prévu dans le cadre de la loi, surtout lorsqu'il ne repose pas sur une assise pécunière. Peut-être un dédommagement financier ferait oublier aux propriétaires outrés l'affront d'une occupation de leurs sols, mais l'échange proposé par le héros n'obéit pas aux codes de la norme. Rejeté, incarcéré, que reste-t-il au personnage ? L'apprentissage d'une nouvelle conception des territoires. S'il ne peut les emprunter, alors il faut occuper l'espace en même temps que le propriétaire, à l'insu de celui-ci. Voilà une nouvelle définition de la location. Le héros loue toute la propriété d'un homme violent qui conçoit sa femme comme un simple bien, c'est pourquoi il louera aussi, à son insu, cette même femme. Malgré tout, dans ses bras, elle n'est plus un bien, puisqu'il ne conçoit pas la notion de propriété au même titre que les autres individus. Elle est simplement là, comme d'autres espaces, et puisqu'elle s'ouvre à lui, il se permet de l'occuper. Le personnage s'est ainsi réellement détaché de l'acquisition des biens pour produire un nouveau mode de vie, une éthique différente qui l'éloigne du consumérisme et lui ouvre des espaces nouveaux, des lieux qu'il visite librement. L'acquisition d'espaces ne repose alors plus sur le travail, mais sur la notion de cohabitation et de partage. Puisque cette notion est pour le moins oubliée, ceux qui la gardent à l'esprit et renoncent à la propriété doivent se changer en fantômes et devenir des locataires.
 
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Mercredi 20 juin 2007
Suite à la vision d'Amer bêton, il apparait d'autant plus évident que l'espace est sans doute  la dimension primordiale de l'existence humaine, alors même qu'elle serait souvent mise de côté parce qu'il nous semblerait que le problème premier soit la question du temps. Des philosophes proches de nous, Bergson en étant l'illustration parfaite, ont reproché à leurs prédécesseurs d'avoir trop pensé les problèmes de l'existence selon un mode spatial, en retirant à la vie le caractère temporel qui lui donne sens et corps. La philosophie pensait dans l'espace, et il s'agissait, partant de ce constat, d'apprendre à penser dans le temps. Soit, et la critique paraît tout à fait justifiée. Mais pareille position ne manque-t-elle pas un caractère nouveau de l'homme contemporain ? Deleuze le montre bien dans Mille plateaux, cet homme d'aujourd'hui, à la différence de celui qui jadis entretenait un rapport mystique au monde, vit dans une ambiante médiocrité, rivé à une quotidienneté terne et seulement étendue dans le corps immense de la machine sociale. Cette perte de qualité et d'intensité se ferait au profit d'une situation de passivité ou d'activité terne dans laquelle seule l'information est recherchée et échangée. Les médias, les blogs, les forums, autant de lieux de prétendue création qui alimente la masse de l'information sans alimenter le patrimoine artistique mondial. Ces informations sont autant de moments neutres occupant des espaces gris. Pourtant, faut-il pour autant conclure que l'homme a perdu un rapport dynamique au monde ? D'un point de vue qualitatif, purement intensif, on serait tenté de le penser. Mais cette nouvelle réalité est peut-être la conséquence d'une mutation majeure de la civilisation dans laquelle l'individu occupe non plus le temps d'une vie, mais plutôt un espace. Le temps nous manque de plus en plus et nous recherchons de plus en plus d'espaces. Nous créons des domaines conceptuels, des refuges virtuels, des lieux de confession médiatisée. Ce n'est plus le moment qui semble primer puisqu'aussitôt pensé il est déjà passé, mais plutôt le lieu qui, lui, va être préservé, chéri, érigé en territoire. Dans un monde où l'action se mécanise toujours davantage en visant l'efficacité, le temps imparti est l'occasion d'acquérir toujours plus d'espace. En clair, nous territorialisons notre existence. Songeant à la nécessité d'écrire sur ce sujet peu étudié, je fus surpris de découvrir la parution récente d'un livre qui en traitait : L'homme spatial, de Michel Lussault. Ce travail a le mérite de développer une problématique sur une question qui ne doit pas être vue comme un autre domaine de réflexion, mais peut-être comme un champ de recherche capital du regard philosophique au vingt-et-unième siècle.
Peinture : Excursion Japonaise 1, Hans Ruedi Giger, 1986
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Mercredi 13 juin 2007
Le site Metamonde voit la mise en ligne de la fin de l'article sur Love is the devil. Cette troisième partie vise à montrer que l'art de Bacon n'est pas véritablement morbide, mais qu'il serait plutôt profondément érotique. On voit trop souvent dans l'étalage de la chair et du sang le visage de la mort, alors qu'on n'en perçoit que l'ombre. Elle n'est là que comme négatif de l'éros, comme fin possible de la souffrance. Mais la souffrance de la chair est à ranger du côté de l'érotique. C'est ce que cette réflexion tend à prouver. Pour référence, voici recopiée la conclusion du travail : « Love is the devil » est un film sur une relation amoureuse, et une étude pour un portrait de Francis Bacon. Le propos du film s’articule de manière fondamentale sur l’activité artistique de Bacon qui focalise l’attention de ce dernier au détriment des espoirs de Dyer. C’est le sacrifice de Dyer qui nourrit toute l’activité artistique de Bacon. Ce travail a tenté de montrer que l’art de Bacon exprime une réalité éminemment érotique, et que la souffrance de la chair que ses tableaux dépeignent est une sensation érotique découlant de la vie amoureuse du peintre. Le personnage de Dyer est offert à la gloire de la peinture de Bacon, mais sa chute révèle toute la réalité des rapports amoureux. L’un des deux amants se réfugie dans la création, l’autre ne se réfugie nulle part et vit dans l’angoisse. L’amour est démoniaque, dit le film, parce qu’il nous fait entrer dans l’insatisfaction, parce qu’il est un égoïsme qui détruit l’être aimé si celui-ci n’a pas un purgatoire tel que la peinture pour crier sa peine. L’art se nourrit souvent de mélancolie, mais Maybury montre ici que l’art se nourrit parfois aussi de la souffrance de la chair dans la relation amoureuse. La peinture de Francis Bacon n’est pas une création mélancolique, c’est la manifestation d’une sensation érotique et un cri de souffrance poussé par sa viande.
A noter, enfin, pour de belles représentations des tableaux de Bacon : http://francoisquinqua.skynetblogs.be/category/949149/1/Bacon
Tableau : Second version of Triptych 1944 (1988) (Troisième figure) (voir : http://www.francis-bacon.com).


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Mercredi 30 mai 2007
L'équipe de recherches ERRAPHIS a mené une étude sur le film Pierrot le fou de Godard dans le cadre de son programme de recherche sur "subjectivité et aliénation". Cette conférence a été l'occasion de revenir sur les conceptions de Deleuze sur le cinéma, et notamment sur la perte de croyance au monde. Pierrot le fou, en étant une "tentative de cinéma" (selon les mots de Godard), est la réaction d'un cinéaste n'acceptant pas le bavardage quotidien du cinéma qui, dans son acception contemporaine, est l'illustration de la médiocrité ambiante. Cette médiocrité est le résultat d'une perte du rapport au monde, et les repères sont nivelés au rang de l'immédiateté de l'information médiatisée à outrance. Tarkovski fait dire à un personnage, dans Solaris : "Nous avons perdu quelque chose de cosmique", exprimant par là l'idée que le rapport mystique au monde a été perdu depuis l'antiquité, et que la médiocrité quotidienne se fait toujours plus présente. Le cinéma en est ainsi l'illustration parfaite, même si Deleuze reste optimiste, soulignant dans son abécédaire qu'un tel désert intellectuel ne saurait durer. Il existe heureusement des cinéastes qui sont de grands artistes, et Godard est de ceux-là. Pierrot le fou, c'est une fuite éperdue, loin de la médiocrité du monde, un refus de la quotidienneté dans laquelle les hommes ne parlent plus que par des slogans publicitaires, où ils ne font que bavarder, et où le véritable dialogue est (devenu ?) impossible. Ferdinand (ou Pierrot ?) et Marianne fuient le monde des codes pour une quête de liberté à la fois vivante et morbide. Alors que même dans la fuite, le dialogue est difficile, alors que l'ironie est une arme contre l'ennui, la mort, toujours là, reprend ses droits, au moment où Ferdinand choisit le suicide. Rien, dans ce monde, ne semble satisfaire les deux amants, et même la mort sera insatisfaisante, par le gâchis de celle de Marianne, et par le suicide raté de Pierrot pourtant réussi parce que manqué. Le film de Godard est un superbe essai sur l'aliénation, parce qu'il y montre que la fuite d'une aliénation pour retrouver sa subjectivité est l'entrée dans une autre aliénation au point que, peut-être, les seuls actes pleinement subjectifs sont la volonté éperdue de s'échapper, et le suicide au terme de la fuite.
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Jeudi 17 mai 2007
Le travail sur Love is the devil n'est pas tout à fait achevé, mais les deux premières parties étant terminées, j'ai décidé de les mettre déjà en ligne sur le Metamonde. La suite paraîtra aux alentours du 10 juin. Je ne pourrais pas dire que j'en suis entièrement satisfait, le travail manifestant un certain nombre d'imperfections, mais j'espère avoir su offrir une grille de lecture intéressante sur le film, et permettre d'appréhender une dimension fondamentale du propos du réalisateur, à savoir l'articulation entre l'art et le désir telle qu'elle se manifeste chez Bacon. La peinture est ici le produit de l'univers de sensations qui habite Bacon, et cette étendue de forces est la conséquence d'une vie sexuelle riche, mais aussi insatisfaite. Pour comprendre en quoi Francis Bacon est l'un des plus grands peintres de ce siècle, il faut bien comprendre comment s'actualise son génie et comment les sensations prennent corps sur la toile pour dégager un univers charnel unique où la figuration est le mode d'expression principal.
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Mardi 8 mai 2007
Ce mois de Mai voit la sortie d'un film d'animation de grande qualité, sortant des sentiers battus par les studios Ghibli. Amer bêton est l'adaptation du manga Tekkon kinkreet de Taiyo Matsumoto. Deux orphelins errent dans le quartier d'une ville dont ils ont fait leur territoire. S'ils devront lutter contre l'irruption de yakuzas venus prendre possession du terrain dans le but d'en changer le paysage immoblier, leur véritable adversaire sera au fond la crise identitaire qui se cache derrière le masque de leur jeunesse. Amer bêton met en scène une schizophrénie semblable à celle évoquée dans Brazil, à la différence près que l'élément déclencheur de la folie n'est pas le système, mais l'agencement de l'espace, en l'occurrence le bêton. Cette folie ne naît pas de l'absurde, mais de la territorialité, de la volonté de s'affirmer dans un certain espace et de ne pouvoir y parvenir parfaitement. Les personnages sont des individus extrêmement vifs, au point d'être capables de prouesses sortant de l'ordinaire, ils ont gardé une forme d'innocence en n'ayant pas été incorporés au système. Mais l'aîné est bien trop lié à la chair de son quartier. Tandis que l'urbanisme galopant avale les individus, alors que la ville se meut selon les flux des cellules humaines qui la composent, les deux héros se rebellent contre cet état de fait, condamnés à un tiraillement qui n'est plus la lutte de la liberté contre la rigidité du système qu'affrontait le héros de Brazil. Les citadins, ici, jouissent d'un certain degré de liberté, et le yakuza rangé choisit le visage de sa mort. En fait, la ville de bêton se décline sous maintes formes poétiques dont les personnages sont les expressions idéales. Le danger vient au fond de l'apathie gagnante, de la perte de vitalité, de la crainte d'être l'instrument du développement de la ville au lieu de faire sien l'espace urbain. La violence est tout autant le tremplin vers la joie que vers l'absurde et le renoncement à soi. Le seul mot d'ordre, pour les personnages, est leur devise, la plus simple qui soit, exprimée comme un impératif absolu : "Soyons heureux". Etre heureux dans cette ville de bêton, c'est savoir en aimer les artifices, c'est se construire un territoire, le cultiver, s'y indentifier. En clair, il n'y a pas d'opposition entre l'homme et la cité industrialisée. L'homme gagne son humanité par son rapport positif à l'urbanisme, par une acceptation de l'environnement, par la manière dont il exprime sa personnalité vis-à-vis de celui-ci. Amer bêton laisse un enseignement fondamental : apprendre à regarder la ville, entrer en symbiose avec un environnement urbain, voilà qui permet aussi de poser une nouvelle définition de l'homme qui n'est plus l'opérateur d'une fonction, mais l'occupant vivace d'un espace.

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Mardi 1 mai 2007
La réalisation d'un travail exige généralement un projet préalable. La volonté de construire un mémoire sur "Love is the devil" ne fait pas exception à cette règle. Le projet comprend toute la dimension de la réalisation de l'action dans ce qu'elle a d'idéal, avant tout passage à la pratique. Cela signifie que le projet est toujours rempli de promesses et d'espoirs. Mais l'entreprise de réalisation apporte son lot de déconvenues, alors que le travail ne semble plus correspondre à la forme envisagée. De ce point de vue, l'écriture n'est pas un art à différencier de la peinture. Ainsi que le dit Bacon, le peintre n'a qu'à dégager quelque chose de ce qui se présente déjà sur la toile dans le projet. Tout est là, il s'agit simplement de délimiter un contour, d'écarter des possibilités. Ecrire suppose aussi de faire des choix, surtout s'ils sont plus raisonnés qu'inspirés. Mais la difficulté consiste à supporter ce découpage nécessaire de la pensée. Combien le travail peut sembler pauvre une fois sur une feuille de papier ! Se dessine bientôt l'horizon d'un nouveau projet, plus ambitieux que le précédent, ou plutôt tout aussi ambitieux, mais plus attrayant, parce que l'esprit a quitté la réduction de l'exemple pratique pour retrouver l'univers de son délire. Ecrire un mémoire, c'est être condamné à être déçu, car on sera tout au plus satisfait, et le résultat ne saurait contenter l'ambition. La sagesse, alors, consiste à comprendre qu'un autre travail, plus séduisant, ne sera qu'une nouvelle tentative, pourtant nécessaire pour satisfaire notre exigence de création. Cette ambition nouvelle, alors, doit trouver sa place dans l'attente et laisser le souci de la rigueur terminer son oeuvre. J'achève la deuxième partie de mon travail sur Bacon. Il disait lui-même que le travail de l'artiste vise à enfoncer toujours le même clou, sans jamais y parvenir parfaitement. Doux idéal... Cruelle ambition...
Tableau : Crucifixion, (voir : http://www.francis-bacon.com)
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Vendredi 13 avril 2007
Alors que des psychologues avancent que tous les problèmes du monde sont de nature sexuelle, la philosophie fait souvent fi de la sexualité pour se concentrer sur la notion de désir. A croire qu'elle suppose que les rapports sexuels se dessinent seulement selon la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave, ou que la logique de l'accouplement est un processus parmi d'autres qui ne diffère pas vraiment, au fond, de la logique de la procréation. S'accoupler ne signifie pas procréer. Les névroses sexuelles appellent autre chose qu'une réflexion portant sur la perpétuation de l'espèce ; elles conditionnent même le politique. Machiavel n'aurait-il pas du envisager la vie sexuelle du prince pour montrer combien sa tâche de dirigeant est difficile lorsqu'il faut concilier sphère privée et sphère publique ? Le sexe n'est pas absent de la recherche philosophique, les penseurs contemporains doivent parfois s'y confronter, mais il faut bien reconnaître que les philosophes se concentrent plus souvent sur la morale, la conscience, la création, bref, sur des concepts se réclamant d'un certain académisme. La première partie de l'étude du film sur Francis Bacon est maintenant achevée. La vie sexuelle du peintre semble complètement interagir avec son activité artistique. On peut même dire que l'une se nourrit de l'autre. Les névroses sexuelles de Bacon nous renseignent-elles sur le génie de son art ? Les problèmes que Bacon rencontre dans sa recherche d'un absolu pictural nous ouvrent-ils des champs d'interprétation de sa vie érotique ? Il semble indéniable que le désir sexuel, dans toutes ses ramifications, offre un éclairage sur la pensée de l'art, et vice-versa. C'est cette articulation que je cherche à mettre en valeur dans l'analyse de "Love is the devil".
Tableau : Portrait of John Edwards, 1988
(voir : http://www.francis-bacon.com)
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Mercredi 4 avril 2007
Sitôt le travail sur Camus achevé, un nouveau projet s'anime. Il trouve son origine dans un travail effectué en cours dans le cadre de l'étude de la notion d'art. Love is the devil, de John Maybury, est un film traitant d'une partie de la vie du peintre Francis Bacon, de 1964 à 1973. Maybury se concentre sur la relation entre Bacon et son amant Dyer. Faire une étude de l'oeuvre de Bacon m'a paru inapproprié, parce que Bacon a été souvent étudié avec intelligence. En revanche, construire une analyse philosophique du film est une approche différente. Il s'agit de partir du propos de Maybury et de s'en détacher pour dégager une problématique sur l'articulation entre l'art et le désir. Ainsi, ce futur travail aspire à montrer comment l'artiste, en l'occurrence Bacon, se nourrit de la relation amoureuse pour produire tout un univers de sensations, et comment cette activité artistique nuit, justement, à la liaison passionnée des deux individus. L'entreprise est difficile, parce qu'elle exige de décoder les processus de création de Bacon et demande autant une recherche sur ses oeuvres que l'extrapolation d'une réflexion plus globale sur ce qui nourrit l'activité artistique. Il ne faut pas enfermer la richesse du film dans une interprétation unilatérale, mais offrir plutôt des voies de pensée cohérentes. J'espère ainsi donner à chacun l'envie de découvrir tout autant le peintre que le cinéaste narrateur de sa vie.
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Dimanche 25 mars 2007
Le premier travail en ligne du "metamonde" est une étude de L'étranger de Camus. Peu d'études complètes semblent y avoir été consacrées. J'espère avoir apporté un éclairage intéressant sur cette oeuvre que j'ai traitée avec mes élèves. Derrière l'analyse philosophique de l'oeuvre, se tient la perspective d'une opposition majeure : l'homme seul contre tous, celui qui sait avoir raison contre le pouvoir tyrannique de la majorité, et qui le sait à la lumière de l'intuition d'une évidence (ici l'évidence de l'absurde). La majorité se défie souvent de la puissance dictatoriale du prétendant, mais le prétendant ne peut souvent rien contre la puissance dictatoriale de la majorité. Ce n'est pas ce que j'ai souhaité montrer dans l'analyse de l'oeuvre. Je me suis plutôt orienté vers la révélation de la relativité des valeurs et de l'évidence de l'absurdité du monde comme possibilité d'une nouvelle forme de liberté. Mais cette opposition de l'un à la multitude en est l'un des principaux enjeux.
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